On dit très (trop) souvent
des films en noir et blanc qu'ils ont une image magnifique, qu'ils
sont élégants… Comme s'il n'y avait que cela
à retenir. Cet homme charmant suscite aussi cette admiration
formelle : la photo est (vraiment) très belle, et l'élégance
est de mise. Mais cette beauté n'a rien de gratuit : elle
sert le propos, une amertume terrible sous des abords de douceur
et de délicatesse. Tiens, "la Délicatesse…",
le roman de Foenkinos puis le film traitaient aussi du veuvage d'une
femme et d'un homme épris de la veuve. Mais il s'agissait
d'une toute autre époque, d'une société très
différente. Ici, cet homme et cette femme vivent dans les
années 60, en Argentine, dans un univers très bourgeois,
où la solitude pour une femme mère de deux enfants
est particulièrement compliquée.
L'histoire avance à pas feutrés, mais implacablement.
Le piège se referme doucement, sans que la femme puisse s'en
échapper. Le metteur en scène choisit de montrer le
point de vue de cette dernière, par petites touches incroyablement
justes : les dialogues sont rares, et avec parfois presque rien,
on devine tout. Ainsi lors de la première rencontre, les
deux têtes vues de dos qui se frôlent, avec attirance
mais aussi beaucoup d'hésitations. Ou bien lorsque la femme
se déshabille sous le regard de l'homme, scène à
la fois sensuelle et comme une souffrance. Il y a beaucoup de lenteurs
calculées, des attentes, une grande tendresse entre la femme
et ses deux petites filles. L'homme n'est absolument pas montré
comme un monstre, il est réellement amoureux mais son insistance
qui dans un autre cas pourrait être touchante (et elle l'est,
parfois) devient très indélicate…
C'est un très beau film, à tous les points de vue,
osant l'absence de musique illustrative, et mettant en lumière
une actrice très étonnante : Erica Rivas, complètement
à l'opposé de ce qu'elle faisait dans "Les
nouveaux sauvages"… La mariée qui explosait
tout, c'était elle ! A l'heure où l'on a l'impression
de voir des acteurs et actrices refaire de film en film à
peu près toujours le même rôle, quel formidable
contrepied !