Almodovar, Penélope Cruz,
Lanzarote, l’attente était légitimement énorme…
On a la très nette impression qu’Almodovar , à
court d’idées, a recyclé plusieurs de ses obsessions,
ou sources d’inspiration : on assiste ainsi, un peu stupéfait,
à un auto-remake de "Femmes au bord de la crise de nerfs"
; il y a aussi l’éternelle histoire surgie du passé
qui fait trébucher le présent, comme dans "Volver"
ou "La mauvaise éducation" ; le thème de l’homosexualité
et du travestissement ; enfin, on peut noter un aller et retour entre
la comédie débridée et le pur mélo façon
Douglas Sirk…
Mais tout cela ne donne pas beaucoup de frissons, du fait de l’absence
d’un scénario renversant dont le réalisateur espagnol
est pourtant le grand spécialiste. Les quelques révélations
n’ont pas d’incidence sur le comportement des personnages,
et elles sont bien loin d’être époustouflantes.
L’une des dernières discussions, où l’un
des personnages insiste lourdement sur ce qu’il a caché
pendant des années et dont il va enfin se libérer, est
très en deçà des effets déployés
pour mettre en valeur la révélation du pseudo secret.
L’immense présence de Penélope Cruz, au charme
presque douloureux tant elle est fascinante, éclipse complètement
son partenaire masculin, d’une grande fadeur, et dont on ne
comprend pas comment il peut la séduire. Ce manque de caractère
est peut-être voulu, et de toutes façons plutôt
récurrent dans l’œuvre d’Almodovar : les femmes
sont toujours mieux mises en valeur (ainsi, les deux brillantes figures
féminines de "parle avec elle" dont tout le monde
se souvient, au contraires des deux hommes…) ; mais cette fois,
le déséquilibre est tellement flagrant qu’on a
de la peine à croire à la relation amoureuse.
Enfin, malgré le potentiel mélodramatique, on ne ressent
aucune émotion, pas de gorge serrée, pas de larmes,
et on a même le droit à une fin tronquée, comme
si le maître décidait de fermer brusquement ce catalogue
sans charmes (ou presque, il y a tout de même Penélope
Cruz) de tous les aspects de son œuvre, comme un mauvais concentré
de tous ses films précédents.